« Tout quitter » pour suivre son partenaire aux États-Unis

Suite à mon premier article relatant mon parcours scolaire et professionnel depuis l’obtention du BAC en 2006 jusqu’à mon arrivée en Californie en Juillet 2016, je souhaite désormais partager avec vous mon retour d’expérience sur ces 2,5 années passées aux États-Unis.

Je suis arrivée aux États-Unis en juillet 2016 car j’ai fait le choix de suivre mon partenaire, (aujourd’hui mari) qui a obtenu un renouvellement de « working visa » pour repartir travailler au siège de sa société basée à Huntington Beach, en Californie du sud. Un rêve qui se réalise de son côté, une douche froide du mien car il était bien sur inenvisageable de faire Annecy – Los Angeles les week-ends. Rentrée depuis 2 ans en France d’une année de césure à l’étranger, j’avais un job épanouissant, j’étais entourée de ma famille et mes amis les plus proches et je venais tout juste d’investir et de rénover un appartement dans lequel je pensais enfin poser mes valises pour quelques années. Tout cela pour dire qu’un départ aux US n’était pas au programme de mon côté mais la vie en a décidé autrement. Il était inconcevable de ne pas tenter cette aventure, même si je dois l’avouer la réplique culte « j’y vais mais j’ai peur » prenait tout son sens.

AVANT LE DÉPART : L’ADMINISTRATIF

La première grosse difficulté pour la personne qui suit son partenaire ou mari aux États-Unis et qui souhaite travailler également est « administrative », je parle bien entendu des visas. Si vous n’êtes pas mariés, vous n’êtes pas rattachés au visa de votre partenaire, ce qui signifie que vous n’aurez pas d’autres choix que d’opter soit pour un visa touriste (90 jours maximum autorisés sur le territoire) soit un visa étudiant le F-1 (obligation de suivre une formation à temps complet), soit un J-1 ou OPT (réalisation d’un stage en entreprise) ou encore un visa E-2 (investisseur). Les deux derniers visas cités seront vos seules options si vous souhaitez travailler légalement sur le territoire. Si vous pensez arriver sur place avec l’espoir de trouver une entreprise vous « sponsorisant », sachez que très peu se lancent dans ce type de démarche. Si vous êtes mariés, vous aurez la possibilité de travailler légalement sur le territoire si le type de visa délivré à votre conjoint vous le permet (renseignez-vous bien). Si c’est le cas vous devrez suivre la procédure de demande d’autorisation de travail en arrivant aux États-Unis et compter entre 3 et 6 mois d’attente pour recevoir votre carte et votre SSN (social security number). Une fois cette carte réceptionnée, vous pourrez officiellement et légalement travailler sur le territoire, pour tous types de sociétés, jusqu’à la date d’expiration de votre autorisation (rattachée à celle du visa de votre conjoint).

De mon côté, n’étant pas mariée et après de multiples recherches, la solution la plus judicieuse était d’opter pour un visa étudiant. Pleine d’ignorance, j’ai donc recherché des formations potentielles en cohérence avec mon parcours. J’ai très vite déchanté en découvrant le coût des études en université pour un MBA (entre $45 000 et $90 000 pour une année). Par conséquent, mes recherches ont pris une nouvelle direction et je me suis orientée vers une formation ESL (english as a second language) dans une école linguistique privée. Ma stratégie était claire, améliorer mon anglais en quelques mois pour rapidement trouver sur place une entreprise sponsor ou un stage pour basculer sur un visa J-1. J’étais celle qui « suivait » le rêve de son partenaire et par conséquent je devais me l’approprier en me fixant des objectifs pour donner au-delà d’un projet de couple, un sens personnel à cette décision. Il m’était impératif que je puisse me réaliser dans un projet scolaire ou professionnel sur place. Ce point est je pense la clé d’une réussite d’une « expatriation » à deux.

AVANT LE DÉPART : LA PROJECTION

Avant mon arrivée au pays de l’oncle Sam, j’avais déjà pas mal vadrouillé en sac à dos en Europe, Asie et Océanie, fait une année en working holiday visa à Wellington en Nouvelle-Zélande, mais je n’avais jamais mis un pied sur le territoire américain. Hormis New-York, les US ne faisaient pas partie de mon haut de tableau des destinations à visiter impérativement dans les prochaines années. Vous vous imaginez bien que j’avais encore moins envisagé, ni rêver d’y habiter un jour. L’idée « basique et clichée » que je m’en faisais était qu’il s’agissait d’un pays gigantesque, riche, puissant, influenceur, libre, regorgeant de superstars internationales toutes catégories confondues, roi de « l’entertainment », de la démesure et bien sûr ou il est facilement possible d’entreprendre et de vivre the AMERICAN DREAM ! Bien que la Californie soit aux US, j’avais un feeling spécifique (une fois de plus très cliché) cela résonnait plus dans ma tête comme un lieu relax (soleil, plage, palmiers, sillicon valley, hollywood, 2 pac, alerte à Malibu), en bref une vibe positive et attirante. Je vous avais prévenu, ma réflexion était très basique !

Dans tout changement de vie, les émotions vacillent comme des montagnes russes, l’inconnu attire et fait peur à la fois. Hors le fruit de mon imagination alimentée par des recherches Wikipédia, des Google Images et les descriptions de mon partenaire (qui était entre les US et la France depuis ses 18 ans), je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais je restais très enthousiaste à l’idée de vivre cette aventure. Une chose était sûre, je ne m’étais jamais inquiétée de mon intégration, ni encore moins de vivre un choc culturel. L’adaptation à ce nouveau pays n’a pourtant pas été si simple.

L’ARRIVÉE À LOS ANGELES AIRPORT ET LES PREMIERS RESSENTIS SUR ORANGE COUNTY

Arrivée à LAX, un peu moins d’une heure en voiture me séparait de Huntington Beach ma future ville d’adoption. Sous un soleil rayonnant, je découvrais avec surprise « l’highway » (l’équivalence de l’autoroute française mais gratuite) avec ces six voies de largeur pour une même direction soit 12 voies de circulation dans les 2 sens, beaucoup de grosses voitures et des panneaux publicitaires gigantesques. A ce moment-là, je ne pouvais m’empêcher de penser à la réplique de Florence Foresti « oh la la y’a du monde ». Pas de doute j’étais bien arrivée aux US. Avant ma rentrée scolaire, j’en ai profité pour découvrir la région d’Orange County et en toute honnêteté, mes premiers ressentis étaient assez mitigés. Le premier point inévitable est ce sentiment de « dimension XXL », cafés, commerces, voitures, routes, infrastructures sportives… Ici tout est immense. Une météo idéale, l’océan Pacifique, les plages immenses bordées par des pistes cyclables et des locaux très «friendly » sont bien sur des points très séduisants. Mon inquiétude était plus orientée sur le « lifestyle » et l’organisation de l’urbanisme (il faut dire aussi que j’adorais Annecy, ma ville d’origine, qui offre un cadre de vie assez exceptionnel entre lac et montagnes). A l’opposé des villes européennes, les transports en communs sont quasi-absents, tout se fait en voiture, vous pouvez d’ailleurs manger, boire, et retirer de l’argent quasiment tous les 50 mètres, 24h/24, 7jrs/7, sans descendre de votre bolide. L’aspect que je trouvais le plus dérangeant est que je ne retrouvais pas la notion de centre-ville, un espace ou vous pouvez tout faire à pied, vous promenez et flâner devant des vitrines de petits commerces, de terrasses de cafés, de restaurants ou encore un marché. À Laguna Beach (25 000 habitants) et Huntington Beach (190 000 habitants), vous retrouvez un peu ce mode de vie, mais il est vrai que la « main street » est petite par rapport à la taille de la ville. En comparaison, imaginez-vous par exemple une ville de la taille de Besançon avec un centre-ville composée d’une seule rue commerçante de 100 mètres. Étrange, non ? En Orange County, les villes sont principalement organisées autour des axes routiers. Par conséquent, les commerces et les « lieux de vie », sont regroupés dans des zones commerciales ou des malls (équivalent à des grands centres commerciaux français) en bord de route dans de grands bâtiments modernes et neufs. Il est d’ailleurs assez hallucinant de découvrir le nombre de chaînes de magasins pour tout et n’importe quoi. Je m’étais fait la remarque lorsque nous étions à la recherche de rangements quelconques (type boites, casiers) pour notre appartement ; et bien après une petite recherche Google nous sommes allés dans un énorme magasin dédié au paradis du rangement. Si vous avez un besoin quelconque ou rare, ici vous trouverez toujours à proximité un commerce pour le vendre. C’est assez impressionnant ! En raison d’une architecture très moderne et uniformisée (mais aussi je l’avoue d’un mauvais sens de l’orientation), il m’a fallu énormément de temps pour me repérer car je trouvais que tout se ressemblait, je ne pouvais même pas remarquer que je passais d’une ville à une autre lorsque je conduisais. Rien ne dénotait. Je découvrais également avec stupeur des bars avec 15 écrans TV diffusant de nombreux matchs sportifs et attention aux US entre le baseball, le basket ball, le hockey, les sports de combat… Le sport à la TV c’est toute l’année et tous les jours. Une grande surprise également fut de découvrir que la vie nocturne s’arrêtait à 2h du matin, et non 2h01, ici il n’y a pas de négociation interminable à la française, les personnes respectent « plus facilement » les règles (à bon entendeur). En fonction des personnes, de leurs pays d’origines, du « contexte et des conditions d’arrivée », le temps d’adaptation en Orange County ou ailleurs appartient à chacun. Je souhaitais simplement vous faire partager avec honnêteté les premières différences marquantes qui m’ont interpellé en arrivant. Bien que le coin possède des aspects très positifs, je trouvais qu’il manquait cruellement de charme et d’authenticité. En clair, cela n’a pas été un coup de foudre immédiat.

MA PREMIERE ANNÉE AUX ÉTATS-UNIS À ORANGE COUNTY : LE RETOUR À L’ECOLE

Trois semaines après mon arrivée en Orange County, j’ai intégré une école linguistique basée à Costa Mesa, une ville limitrophe. Comme je l’expliquais auparavant, pour obtenir le visa F-1 vous devez être considéré étudiant à temps complet soit suivre au minimum 18h de cours par semaine dans une école « accréditée ». Mon école proposait des cours du Lundi au Vendredi de 8h15 à 14h30 par niveau (de débutant à avancé), mais aussi une formation spécifique préparant à l’examen du TOEFL. Le temps de formation dépendait de chaque élève et de son projet personnel. Il n’y avait aucune limite imposée par l’école. Certains étudiants pouvaient être là pour une courte période (par exemple durant des vacances scolaires) et d’autres pour une longue durée en vue d’obtenir un certain score TOEFL pour l’intégration d’une université américaine. Le premier jour de la rentrée, vous effectuiez un test d’Anglais général qui vous orientait vers votre classe de niveau (de 1 à 6). La majorité des étudiants venaient du Moyen Orient, de l’Asie et de l’Amérique Latine (je pense avoir rencontré quatre européens en 5 mois).  Tous les âges et toutes les nationalités étaient mélangés, ce qui parfois donnait des cours très animés lorsque les sujets dérapaient sur nos différences culturelles. Ce « melting pot » était le point le plus séduisant de l’école. Au-delà de l’anglais, j’ai appris énormément sur les cultures de chacun et je trouvais nos convictions et personnalités, passionnantes et inspirantes. Nous venions tous de pays très différents dans leurs fonctionnements mais nous nous retrouvions à un « instant T » dans ce lieu au même pied d’égalité à apprendre l’anglais et à rencontrer des difficultés similaires. Ce type d’expérience fut incroyable et m’a apporté énormément sur le plan personnel et en termes d’ouverture d’esprit. L’énorme avantage également fut que l’école m’a permis très rapidement de rencontrer de nouvelles personnes et d’avoir une vie sociale dynamique. Ces relations amicales étaient de même nature qu’en voyage, éphémères et intenses car personne n’était là pour la même durée.

Parallèlement à l’école, je m’étais inscrite dans une salle de sport proposant de nombreuses classes. J’y allais tous les jours après les cours pour m’entrainer et dans l’espoir de me créer un groupe d’amis locaux. J’avais accordé une énorme importance à la recherche d’interactions sociales et « d’amis » américains. Ce point était pour moi l’un des facteurs clés d’une intégration réussie. Je m’efforçais d’éviter tous types de connexions françaises car à la maison je parlais déjà ma langue maternelle avec mon partenaire (nous avons essayé à de multiples reprises de ne parler qu’en anglais mais cela n’a jamais duré très longtemps). Avec mes amis d’école, dans un contexte international, je me sentais à l’aise, nous parlions « le même anglais » mais dans un contexte local ce n’était pas la même histoire. Je comprenais le sens global des propos d’un interlocuteur mais pour parler c’était une autre paire de manches. Au départ, je ne trouvais pas les mots, mon accent était difficilement compréhensible et en plus j’avais une anxiété incontrôlable lorsque je souhaitais m’exprimer. Vous savez ce petit rire nerveux constant qui vient après chaque phrase et qui vous donne un air très « stupide ». Je rêvais d’échanger mais j’étais bloquée car je savais pertinemment que ma capacité à répondre allait être limitée et futile ; et puis quand vous devez répéter vos propos pourtant basiques 3 fois si ce n’est plus avant d’être comprise, parfois vous vous découragez et vous vous refermez. Une petite anecdote, personne n’a jamais compris instantanément mon prénom (Kathleen) pourtant d’origine anglophone quand je me présentais. On me disait, oh Jacqueline ? Katherine ? et je me répétais à chaque fois non : « Kat like a cat like the animal, you know Miaou Miaou and then Leen, KATHLEEN ». Voilà où on en était ! Charmant. En bref, il me restait du chemin avant de maitriser l’anglais dans un environnement « local et non international ».

Après quelques mois passés sur le territoire, me sentant un peu plus à l’aise avec « la langue », je me suis mise à chercher des stages en parallèle de mes études. Par conséquent, j’ai passé mes premiers entretiens professionnels. Stress maximum ! L’étape intermédiaire du téléphone n’était jamais validée. La seule chance que j’avais était d’accéder directement à un entretien en face à face et de trouver une société intéressée par un profil bilingue Français / Anglais. Malheureusement, ce type de critère de recherche est très rare dans la région. Les entreprises sont plus attirées par des profils bilingues Chinois, Coréens ou encore Espagnols que Français. Autre point, mes diplômes et références professionnelles françaises n’étaient pas « reconnues ». Les entreprises sont intéressées par ce que vous avez fait aux US et non dans votre pays d’origine. De plus, elles sont frigides de se lancer dans des démarches de visas (même pour un stage) lorsqu’elles ne connaissent pas la procédure administrative. Elles passeront plus facilement le cap si vous avez des compétences techniques « exceptionnelles ». Autant vous dire que des profils généralistes comme le mien en « Marketing et Communication » ne font pas partie de la catégorie des compétences rares. A cette période, la seule opportunité que j’aurais pu « pousser » était un poste potentiel basé au nord de Los Angeles (environ 3h à 3h30 de trajet par jour avec les embouteillages), le projet n’était clairement pas viable pour un statut de « stagiaire ». Je ne désespérais pas mais j’avais bien conscience que de trouver une entreprise allait être une tâche fastidieuse.

Après 8 mois passés aux US, mon « statut » de partenaire s’est transformé en celui de conjointe. Ce changement m’a permis d’être rattachée au visa L-1 de mon mari et par chance d’effectuer une demande « d’autorisation de travail sur le territoire ». Ma carte et mon numéro SSN (social security number) m’ont été délivrés au bout de trois mois. Durant cette période d’attente, j’en ai profité pour explorer la côte ouest américaine et ses nombreux parcs nationaux. Et autant vous dire que c’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse du pays (ça c’est encore une autre histoire). Mon autorisation de travail et mon SSN en poche marquait le début d’un nouveau tournant. Je n’étais plus à la recherche d’un stage mais bien d’un travail.

=> Retrouvez la suite de ces péripéties américaines: MON PREMIER JOB AMÉRICAIN, UNE BELLE CLAQUE!

Publié par

Laisser un commentaire