Travailler aux US : Mon premier job américain, une belle claque!

Après une année en « sport-études » et à voyager, j’étais plus qu’impatiente et heureuse de reprendre une vie professionnelle active. Je fais partie de ces « femmes » à qui le travail a toujours occupé une place importante dans leur vie et épanouissement personnel. Par conséquent, dès réception de mes documents « légaux », j’ai « bombardé » la région de CV et de lettres de motivation. Je tentais tout, je n’avais pas envie d’attendre, je voulais juste une chose, travailler au plus vite. Active sur les sites de recherches d’emplois, j’ai rapidement reçu par email de nombreuses sollicitations d’entreprises spécialisées dans la vente d’assurances santé, de vie, ou encore de produits financiers. Les emails étaient séduisants, ils vous promettaient d’atteindre des salaires très attractifs dès votre première année. Par manque de connaissance du marché de l’emploi local et de ce type d’organisation, je me suis rendue naïvement à un entretien au nord de Los Angeles pour un groupe spécialisé dans la vente d’assurances vie. Les locaux situés dans un parc d’affaires immense et moderne, donnaient un effet très clinquant. Je me suis tout de suite dit « Ah oui quand même ! ». Mon entretien s’est passé dans un bureau tout en verre avec une vue magnifique, un interlocuteur proche de mon âge dans un costume impeccable, assis sur une chaise de ministre. Je me suis d’abord présentée, puis à son tour et j’ai répondu à ses questions « basiques » d’entretien d’embauche. Je tiens à préciser que j’étais encore très loin du niveau considéré comme bilingue en anglais professionnel. Durant l’entretien, le recruteur avait vraiment mis l’accent sur le fait qu’il n’était parti de rien, que ses parents ne parlaient pas bien l’anglais, que son dévouement lui avait permis de gravir les échelons, qu’il avait très rapidement atteint les « six figures », qu’aujourd’hui sa vie était confortable et qu’il avait réussi son « American Dream ». Ce discours était à la fois inspirant, déstabilisant, mais surtout nouveau dans sa forme (je n’avais jamais vécu cela en France ni en Nouvelle-Zélande).

En toute honnêteté, je n’avais pas été convaincue surtout après le descriptif de poste. Il s’agissait ni plus ni moins d’un poste de commercial rémunéré uniquement à la commission (sans salaire fixe) après une période de formation aux produits et techniques de vente dans leurs locaux (soit à 1h45 de mon domicile en voiture). En clair je n’étais pas du tout séduite ! Un poste de commercial où vous allez chercher des clients en « cold calls » avec un accent français plus que tranché ; je pense sincèrement que le temps aurait été très long avant de décrocher mon premier dollar. Durant ma première semaine d’entretiens, j’ai été confronté aux mêmes situations et propositions de postes dans des entreprises diverses. Les discours étaient similaires, nous étions toujours de nombreux candidats en salle d’attente et je repartais toujours avec la même déception. Vu ma capacité limitée à m’exprimer en anglais professionnel en face à face, il me semblait incohérent et impossible de vendre un produit « financier » par téléphone. Cela n’avait aucun sens et sincèrement appeler une liste de 100 numéros par jour et me faire raccrocher au nez ne me motivait absolument pas.

Dans le lot, un seul entretien m’avait « intrigué », il s’agissait d’un poste de « campaign manager in event » dans un groupe de Marketing Direct. L’offre était une fois de plus séduisante, elle décrivait plus un état d’esprit entrepreneurial, une possibilité de formation et d’évolution qu’un descriptif de missions. Le site internet de l’entreprise était « professionnel » mais restait « flou » sur l’activité du groupe. Les locaux étaient « surprenants » de par leur petite taille, il y avait uniquement un hall d’accueil, et deux portes. Étrange ! Le premier entretien mené par la CEO qui était à ma grande surprise une jeune femme de mon âge était très court (environ 15 min). Il s’agissait plus d’un entretien de « présentation » des paliers rapides d’évolutions qu’offraient l’entreprise, l’aspect « training » ou encore les salaires atteignables, qu’un descriptif de poste et de missions spécifiques. Pour en apprendre plus, il fallait que je me rende à un deuxième entretien localisé dans un énorme hypermarché américain dans une ville voisine. N’ayant jamais mis les pieds dans ce type de magasins, ne sachant pas à quoi m’attendre et n’ayant rien à perdre, je m’y suis rendue par curiosité. Sur place, une « campaign manager » du groupe m’a reçu. Une jeune femme qui après m’avoir interrogé sur les différences du marketing direct et indirect m’a expliqué une fois de plus le « système d’évolution » qu’offrait le groupe. Vous commenciez à l’échelon le plus bas en tant « qu’Assistant Marketing », puis vous pouviez accéder en moins d’un mois au second, puis franchir à nouveau 2 étapes (sur une base de 12 mois au total) pour atteindre un poste « d’Executive Manager ». La spécificité est que cette dernière étape vous offrait la possibilité d’ouvrir votre propre agence, c’est-à-dire d’être « indépendant » et de dupliquer à votre tour ce même système, pour ainsi accéder à de nouveaux échelons au sein de l’organisation. Je ne vous cache pas que cela faisait beaucoup d’informations assez floues en peu de temps. Tout s’est très vite éclairci quand la « recruteuse » m’a emmené sur le terrain, c’est-à-dire à l’intérieur de l’hypermarché et m’a montré clairement en quoi consistait le job. La « Campaign Manager » s’est installée derrière un petit stand, a mis un bonnet alimentaire sous une casquette et s’est mise a interpellé chaque client de façon très directe pour lui faire déguster un « natural juice » dont l’objectif était bien sûr de lui vendre.  Alors là comment vous dire ? Douche froide en découvrant la mise en situation du marketing direct américain. En deux secondes, je me suis dit, non ce n’est pas possible, je m’en vais, non merci, pas pour moi, hors de question ! Par politesse, je suis restée jusqu’au bout de la démonstration. Nous avons ensuite débriefé et conclut l’entretien en échangeant sur ma motivation à accéder au poste. J’ai bien évidemment joué le jeu. En sortant de l’entretien, je pense que je suis restée bouche bée quinze minutes dans ma voiture, à réfléchir. D’un côté, il était indéniable que cela ne m’attirait absolument pas et que ce n’était en aucun cas le type de job auquel j’avais pensé en venant vivre aux US.  De l’autre côté, après une première semaine d’entretiens peu glorieux, zéro expérience américaine sur mon CV, un anglais professionnel approximatif et une forte envie de travailler rapidement ; je me suis dit que je n’avais rien à perdre, que ce type d’expérience me permettrait d’être dans un environnement professionnel américain, que je serai obligée de parler du matin au soir en anglais, qu’il valait mieux être « active en entreprise » qu’inactive en période de recherches, qu’il fallait bien commencer quelque part et qu’il me serait par la suite plus facile de me vendre sur le marché de l’emploi. Qui ne tente rien à rien, j’ai accepté l’offre après un dernier entretien avec la CEO duquel je suis repartie avec le guide de « l’Assistante Marketing » comportant des fiches sur des techniques de vente et des principes marketing généralistes à apprendre par cœur. Après des tests médicaux approuvés (oui cela aussi était nouveau pour moi), j’ai commencé très rapidement ce poste soit quinze jours après la réception de mon autorisation de travail.

Mon premier jour a été hallucinant. Arrivée à 8h30 dans les locaux, j’ai pu finalement découvrir ce que se cachait derrière cette fameuse deuxième porte ; une salle très simple avec des paperboards de partout. La première demie heure était consacrée à la répétition de ces fameuses fiches remises lors de mon dernier entretien. Sous la surveillance d’un « Campaign Manager », il fallait recopier mot à mot les concepts théoriques que vous aviez appris en vue de les faire valider (2 fois pour chaque « fiche ») et d’avoir la possibilité de partir sur « le terrain ». La seconde partie de la matinée était orientée vers l’enseignement d’un concept théorique en lien avec un sujet de work ethic, de vente, ou encore de « principe managériale », animé par l’un des « Campaign Managers ». Suite à cela, nous passions à la partie d’annonce des objectifs de la journée de chacun. Tous en ronde, le groupe répétait en « criant » une phrase introductive du type « Hey Guys, I’ve got goals ! » puis chacun entrait dans son descriptif. Je ne pouvais pas m’empêcher de me dire : « Mais où suis-je ? Est-ce que la situation est normale ? » La troisième partie de la matinée était la mise en pratique des techniques de vente ou plutôt « des systèmes appelés dans le milieu » pour chacun des produits promus par le groupe. Il pouvait s’agir de produits, alimentaires, cosmétiques, pour la maison… La dernière partie, animée par la CEO était un discours traitant de l’organisation du groupe, des possibilités d’évolutions, du leadership, ou encore et toujours de « work ethic » … Je découvrais avec stupeur que ces meetings « training » allaient faire partie de ma future routine matinale du lundi au vendredi. Le reste du temps était consacré au terrain et donc à la vente mais avant de pouvoir y accéder, il fallait apprendre et faire valider les systèmes, et oui ! Je vous garantis qu’apprendre mot à mot des textes qui ne sont pas dans votre langue maternelle prend beaucoup de temps. Par conséquent, mes premiers jours étaient entièrement consacrés à leur apprentissage. Au bout de 4 jours, j’ai accédé au « field » et j’ai très rapidement découvert des shifts interminables avec 30 min de break, en semaine et les week-ends avec en prime des installations / désinstallations de stands parfois fastidieuses les soirs. Je me doutais que le rythme n’allait pas être facile mais honnêtement pas à ce point. J’avais pris « goût » aux meetings matinaux mais c’est « à reculons » que j’allais sur le terrain. En fonction des produits, certaines campagnes promotionnelles étaient plus « fun » que d’autres. Par exemple, il était clairement plus vivant de faire goûter des « natural juices » que de vendre des draps en microfibre onéreux.

Dans le lot, une gamme de produits avait attiré mon attention et j’ai très vite travaillé en parallèle sur un rapport personnel proposant des recommandations stratégiques visant à optimiser leur volume de ventes en « retail ». Ne souhaitant pas gravir les échelons au sein (attention je vais dire le mot interdit) d’une organisation pyramidale, j’ai décidé de quitter l’entreprise et de prendre ma business licence m’offrant la possibilité de travailler à mon compte en consulting. Comme au bon vieux temps, c’est avec ma présentation power point que je m’élançais à la rencontre des fondateurs de la marque pour laquelle je venais de boucler mon étude. Qui ne tente rien n’a rien !

Cette première expérience professionnelle aux États-Unis aura été « douloureuse » mais formatrice. Le système de ce type d’organisation est très bien huilé et éprouvé ce qui est normal car il est chapoté par une entreprise mère réalisant des millions (si ce n’est des milliards) de dollars sur tout le territoire. Durant ces deux mois j’ai d’ailleurs assisté au meeting du père fondateur de cette organisation. Organisé au siège de l’entreprise mère, dans des locaux flamboyants cet homme nous a exposé son parcours, ses étapes clés, ses moments de doutes avant d’atteindre la position de « puissant business man ». Le discours était intéressant et inspirant, il s’agissait clairement d’un exemple type du « American Dream », un homme provenant d’un milieu social très modeste, qui a commencé par de la vente en porte à porte et qui au fil des années et de nombreux sacrifices a construit un véritable empire. Suite au discours, il y a eu aussi un tour de table, ou chaque « collaborateur » inclus dans le système devait se présenter brièvement et expliquer en deux mots quel était son « Big Goal ». Malgré les difficultés rencontrées, certains se montraient très reconnaissant d’avoir la chance de vivre « une soi-disant aventure entrepreneuriale ». Cette partie de questions / réponses m’avait mise mal à l’aise, je trouvais que l’atmosphère était « too much » et proche d’un TV show (cela doit être surement mon côté français). De mon point de vue, certains membres présents donnaient l’impression de boire les paroles d’un « gourou » et d’être entièrement dévoué à l’organisation. Je percevais la démarche de ce meeting comme : « je sais que vous travaillez dur, que vous faites beaucoup de sacrifices, mais à la clé le succès est possible et si ce n’est pas pour vous ce n’est pas grave, cela aura été une expérience ». Évidemment ! Mais en tant qu’humain vous vous projetez, vous vous comparez, et vous avez l’exemple devant vos yeux que c’est possible donc finalement, vous pouvez vous dire : « Moi aussi j’en suis capable, je peux le faire ! » Bref, le tout m’était très étrange et la démarche nouvelle. Il y avait certes un côté séduisant dans ce « système » car dès le premier jour on vous parle des possibilités d’évolution (atteindre un poste d’Executive Manager en 12 mois), des personnes qui ont réussi en peu d’années au sein de l’organisation, de leurs salaires (90K au bout d’un an, 500K en cinq pour les meilleurs), qu’au final il s’agit d’un système basé sur « la méritocratie », si vous travaillez dur vous serez récompensés, que c’est possible ! Et de l’autre côté, il y avait bien évidemment votre quotidien, l’envers du décor, un salaire minimum + commissions (quasi inexistantes), aucun « benefits » = bénéfices (retraite, assurance santé, frais kilométriques…) L’utilisation de votre voiture personnelle pour vous rendre sur les « events », des shifts interminables… On n’a rien sans rien mais bon, tout sacrifié pour avoir un salaire de « footballeur professionnel », s’agit-il vraiment du but « ultime » d’une vie ? Cela est un autre débat et la réponse appartient à chacun. Je pense que ce « type d’entreprise » n’a pas que des mauvais côtés et peut être très formateur et « successfull » pour certains. Si j’avais commencé cette activité à la fin de mes études, j’aurais surement foncé tête baissée, mais avec un peu plus d’expériences professionnelles et de recul, à 30 ans ce n’était clairement pas le genre de carrière auquel j’aspirais. J’avais déjà connu « ce dévouement » pour la grande distribution dix ans auparavant et je n’avais vraiment plus la motivation de repasser par cette étape « 1 ».

TRAVAILLER AUX US : UNE PLUIE DE CLAQUES !

Comme je l’expliquais auparavant, j’ai rapidement pris ma business licence pour avoir la possibilité d’effectuer des missions à mon compte en « Marketing et Communication ». Par le biais de rencontres « inattendues », j’ai commencé à développer différents projets (diagnostics de sites internet, propositions d’arborescences, traductions, recommandations en stratégie de communication visuelle, d’actions promotionnelles en « retail », ou encore sur l’implantation d’un store potentielle en Orange County) pour des entreprises variées : (cosmétiques, industrie alimentaire, mode). C’était avec une immense joie que je me replongeais dans l’activité que j’exerçais en agence de publicité en France.

En parallèle, j’étais toujours en recherche très active, car j’avais vraiment mis un point d’honneur à travailler pour une entreprise américaine.  Je continuais d’envoyer de nombreuses candidatures qui parfois me demandaient énormément de temps de préparation quand des travaux de traduction ou alors des vidéos « créatives » m’étaient demandés. Quand j’accédais à une seconde étape, je ressentais de l’espoir mais à chaque fois la porte se fermait ou alors je restais sans réponse. L’étape des entretiens téléphoniques n’aboutissaient jamais, les cabinets de recrutement ne souhaitaient pas proposer ma candidature car j’étais sous visa et non détentrice de la green card, peu de sociétés locales étaient intéressées par un profil bilingue Français / Anglais, mes expériences et mes diplômes n’étaient pas « reconnus », et je dois l’avouer ma capacité à m’exprimer en anglais n’était pas la plus fluide. Bref j’ai très vite compris que trouver un travail dans ma branche pour le compte d’une entreprise locale allait être un véritable parcours du combattant ou encore une illusion. De claques en claques je commençais à être découragée ! J’ai très vite pris conscience que je n’allais pas vivre la même expérience que la majorité de mes amis locaux « ingénieurs expatriés » présents sur le territoire depuis quelques années (voir même diplômés) ou encore celle que j’avais pu m’imaginer naïvement avant mon départ.

Dans mon cursus Français, tout s’était toujours rapidement enchainé, j’avais eu beaucoup de chance et je n’avais jamais connu ces moments de recherches et de refus successifs. Il m’a fallu un peu de temps et de nombreuses claques pour comprendre que l’histoire n’allait pas se réitérer sur le continent américain. Le point essentiel fut d’accepter le fait de repartir à 0, de commencer à la première marche et « d’effacer » ces dix dernières années d’expériences. Il s’agissait d’une nouvelle vie, d’un nouveau pays, et bien que les Américains adorent Paris, notre french accent et notre culture, personne ne nous attend. Il faut se battre pour se faire une place et se réinventer.

=> Retrouvez la suite des aventures américaines: TRAVAILLER AUX US : UNE REPONSE POSITIVE, ENFIN!

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