Une vie aux US ! Interview de Benoit Courcelle.

1. Peux-tu te présenter et nous décrire brièvement ton parcours avant d’arriver aux US ?

« J’ai grandi en Normandie, puis dans la banlieue parisienne avant de déménager dans le 17ème arrondissement de Paris à l’âge de 15 ans. Après le BAC, j’ai intégré une FAC de droit, non pas par passion mais parce qu’il s’agissait de la voie « classique » à emprunter pour se préparer au concours de commissaire de police, le métier que je souhaitais exercer à l’époque. Une fois ma maîtrise en droit publique validée, j’ai commencé à « bachoter« sur ce fameux concours. L’anglais faisant partie des épreuves écrites, j’ai décidé de partir aux États-Unis dans le but de l’améliorer mais aussi de vivre une nouvelle expérience à l’étranger. »

Une petite anecdote :

« Avant de m’envoler pour les États-Unis, je suis allé boire un verre avec un ami qui m’a posé une question pour me tester sur mes « compétences linguistiques » ».

  •  Il m’a demandé : « Comment dis-t-on en anglais, il fait beau temps ? ».
  •  J’ai fièrement répondu : « The time is good ! ». 

« Mon ami a beaucoup ri ! Tout cela pour vous dire que mon niveau était au plus bas, l’anglais n’était clairement pas gagné ! »

2. Dans quel contexte es-tu arrivé aux États-Unis ?

« Je suis arrivé mi-décembre 1985, à 23 ans chez le fils d’un couple d’amis « russo-libanais » de mes parents qui m’avait proposé d’occuper une chambre « gracieusement » pour trois mois dans son appartement à Los Angeles. Je me souviens de mes débuts sur le sol américain comme si c’était hier. Mon vol de Paris à LA en passant par Minneapolis fut une sacrée « galère« . J’étais en retard, perdu pour trouver cet « aéroport domestique« , je ne parlais pas un mot d’anglais, il neigeait, j’étais frigorifié avec ma petite veste « Lacoste » à la française et pour finir je découvrais avec stupeur des « cow-boys » à la place des policiers. De fil en aiguille, j’atterris finalement à LA, ma première nuit se passe relativement calmement mais quand je me réveille seul dans l’appartement, c’est un coup de panique qui survient. Ma première pensée a été de me dire : « Qu’est-ce que je fais là ?« .

 Comme je l’expliquais auparavant, l’objectif de ma venue aux États-Unis était d’améliorer mon anglais « rapidement » pour repartir en France passer le concours de commissaire de police. A cette époque, je pensais que quelques mois étaient suffisants pour apprendre une langue étrangère.

Pour financer ce projet, j’ai fait des « petits boulots » et un prêt étudiant. Je suis arrivé aux États-Unis avec 2000 dollars en poche, de quoi payer ma vie sur place, en aucun cas un logement ni une voiture (à savoir qu’à cette époque 10 francs équivalaient à 1 dollar) ».

3. Quel a été ton parcours aux États-Unis ?

PHASE 1 :« Peu de temps après mon arrivée et quelques recherches, j’ai trouvé rapidement une école à « Downtown LA » proposant des cours d’anglais pour immigrés. Les frais de registration à 25 cts ne m’ont pas fait hésiter trop longuement pour l’intégrer. C’est aux cotés des communautés latinos et asiatiques que je m’élançais dans l’apprentissage de cette nouvelle langue.

Après 3 mois passés à l’école, je ne maîtrisais toujours pas l’anglais et il m’était difficilement envisageable de rentrer en France. Par chance, l’un de mes camarades de classe nicaraguayen me proposa de loger chez lui, avec toute sa famille, dans le quartier latino de LA. J’y suis resté six mois ! Je continuais d’aller en cours et je passais le reste de mes journées à « Downtown« avec mes amis artistes peintres et créateurs, rencontrés à l’école ».

Petites anecdotes :

« Je me déplaçais toujours en bus et aucun chauffeur ne me comprenait quand je donnais le nom de l’arrêt ou je souhaitais m’arrêter ». 

« Une surprise que j’ai eu dans mon école est que les professeurs me disaient : « Très bien ! Bon travail ! » Un discours auquel je n’étais pas habitué durant ma scolarité en France ».

PHASE 2 : « Via des connexions de mon père, j’ai trouvé un emploi à Irvine dans le département international de l’entreprise « Allergan » (spécialisée à l’époque dans les produits médicaux pour les yeux). J’ai passé une année dans le pôle « Market research » puis je suis rentré en France pour effectuer mon armée. J’y suis resté 3 mois avant d’être reformé suite à un accident de voiture que j’avais eu aux États-Unis. Après cette étape, je suis restée environ six mois en France à faire des petits boulots avec comme seul souhait, retourner vivre aux US ».

PHASE 3 : « En 1989, période de récession, j’ai décidé de retourner aux États-Unis où j’ai commencé un nouvel emploi en tant que « Graphic Designer » pour un fabricant de « vaisselles » dans l’industrie alimentaire. Nouveau job, nouveau challenge et apprentissage de nouvelles compétences ! Cela fait maintenant trente ans que je travaille et que j’ai évolué au sein de cette même société.

Mon « leit motiv » a toujours été de travailler dur dans le but d’évoluer et d’accéder à de meilleures positions.

Depuis 20 ans, je fais partie de la division internationale. Notre volume de ventes est cinquante fois plus important que lorsque j’ai commencé. Nous comptons plus de sept usines à travers le monde et plus de 1200 collaborateurs. Grace à mon poste de « Directeur du développement des marchés internationaux« , je suis aujourd’hui impliqué dans différents départements :  Vente, Marketing et Logistique.

En parallèle à cette carrière, j’ai développé avec quelques amis une école de langue proposant des cours de français pour des locaux en quête d’apprendre la langue de Molière ! J’ai également créé plusieurs « business » proposant des services de traduction, de graphisme, d’exportation de logiciels, d’importation de fours d’une entreprise française… Dans ce lot d’expériences, certaines ont marché, d’autres non !

Quand vous vivez aux États-Unis, vous gardez toujours en tête la possibilité de créer un business ; Vous êtes constamment en train de rechercher des idées potentielles. C’est un sentiment agréable de savoir que tout est possible mais il faut être prêt à y consacrer du temps.  

4. Quels ont été les points positifs et les difficultés rencontrées liés à ton « expatriation » ?

Points positifs :

  • « La liberté de faire ce que l’on veut et de sortir du cursus classique Français : « Street smart Vs Book smart ! »
  • « Un pays de vendeurs, si tu sais vendre tu peux tout faire ! »
  • « Si tu souhaites évoluer et que tu travailles dur, c’est possible ! »

Travaille dur, 10 heures par jour et atteint tes objectifs ! Ne demande pas pour un jour de RTT ou un extra jour de vacances, juste TRAVAIL ! Apporte un plus à l’entreprise, challenge ton boss, sollicite-le, sois proactif. N’attend pas d’être promu ! La formule est simple pour évoluer aux US, en tout cas il y a des possibilités.

Les difficultés rencontrées :

  • « La difficulté de créer des liens amicaux ».
  • « Le choc des cultures : à l’époque, il y a 30 ans, les États-Unis étaient un pays très riche et puissant. Les Américains avaient un intérêt très limité sur ce qu’il se passait à l’extérieur, à vrai dire ils s’en fichaient ! Il y avait leurs façons de faire ou aucune. De culture anglo-saxonne, les Américains sont moins « sensibles » que des personnes ayant un « background latin« . Ils sont « forts, durs et savent qu’ils sont les meilleurs » donc en tant que Français, il a fallu apprendre à « dealer » avec ce type de tempérament ».

5. As-tu vécu des moments où tu souhaitais retourner en France ?

« Oui énormément lors de ma première année (des moments durs, la barrière de la langue, le dépaysement, un contrôle de police qui m’avait franchement refroidi, et bien évidemment le manque de ma famille…) A savoir qu’à cette époque il n’y avait ni téléphone portable ni internet, le téléphone en cabine coutait extrêmes cher (d’ailleurs il y avait un véritable business de vente de cartes téléphoniques dans la rue).  J’arrivais à contacter mes parents environ deux fois par mois ».

6. Quels sont tes prochains projets ?

  • « Continuer de développer le marché chinois pour l’entreprise dans laquelle je travaille avec deux axes de priorités ; former l’équipe de vente à un niveau d’excellence et augmenter la notoriété de notre entreprise ».
  • « Décider du lieu où je passerai ma retraite. Quand vous êtes un « expat » depuis si longtemps vous n’appartenez plus à un seul pays. Il faudra peut-être en trouver un autre ».
  • « Faire du consulting pour des entreprises qui souhaiteraient développer leur business à l’international ».
  • « Profiter de la vie et rester « healthy » ! Ce sont deux projets très importants».
  • « Visiter des pays en Asie et en Europe que je ne connais pas encore ».

7. Tu as passé plus d’années aux US que dans ton pays d’origine. Si tu avais à nouveau le choix, recommencerais-tu ? Si oui, que ferais-tu différemment ?

« Oui, sans aucune hésitation, partir fut la meilleure décision. Les US m’ont permis d’accomplir de nombreux projets personnels et professionnels. J’ai un job que j’aime, qui me permet de voyager dans le monde entier, je suis financièrement stable, je profite du soleil 95% du temps tous les matins… J’ai une très bonne qualité de vie que je partage avec ma famille et mes amis ».

Ce que je ferai différemment :

  • « Obtenir un MBA et apprendre à vendre. Être vendeur aux US est la porte pour atteindre des jobs plus élevés ».
  • « Développer d’avantage mon networking ».

« Aujourd’hui je recommanderais aux jeunes qui souhaitent voyager pour apprendre l’anglais d’aller en Asie, Hong Kong ou encore Singapore où il est possible d’obtenir des working visa de 1 an ».

Un immense merci à Benoit Courcelle : « Directeur du développement des marchés internationaux » à Cambro Manufacturing, pour son retour d’expérience, son temps et sa confiance.

Kathleen

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